21.11.2009

Le Journal des Résistants (OUEST FRANCE)

C'est un peu de mon histoire, et des celle de mon frère qui est écrite dans ce journal sorti en Octobre 2009

Voici l'émouvant récit de Guy LeFloch

ami d'enfance.

 

Lu dans la livraison du mois d'OCTOBRE 2009

 



À la Libération, des maisons d'enfants sont créées pour accueillir les rares jeunes rescapés des camps mais aussi des orphelins de déportés et de fusillés. Elles sont souvent gérées par des associations telles l'Oeuvre de secours aux enfants, l'Union des juifs pour la résistance et l'entraide ou l'Association des familles de fusillés et massacrés de la Résistance. Cette dernière ouvre par exemple à Nantes durant l'été 1945 une « Maison de l'enfance »... Nous évoquons ci-dessous l'histoire de cette institution à l'occasion des 20 ans de la Convention internationale des droits de l'enfant, qui fait obligation aux États de protéger ces derniers, y compris pendant et après les conflits armés, et de leur donner les moyens de se développer. 


Au château du Grand-Blottereau à Nantes
Une maison pour les orphelins de fusillés et de déportés


 
    « Quarante petits dont les papas ont été assassinés par l'ennemi ont retrouvé la douceur d'un foyer », titrait le journal Ouest-France au lendemain de l'inauguration à l'été 1945 de la « Maison de l'enfance » du Grand-Blottereau, à Nantes. Jusqu'en 1961, environ 250 enfants seront accueillis dans ce château édifié au XVIIIe siècle au coeur d'un vaste domaine. Réquisitionnée par les nazis sous l'occupation, qui la laissèrent en piteux état, la propriété fut mise, par la ville de Nantes en 1945, à la disposition de l'Association nationale des familles des fusillés et massacrés de la Résistance française (ANFFMR), section de la Loire-Inférieure, pour une durée de quinze ans. Car à la Libération, ici comme dans d'autres départements, l'Association se souciait du sort des petits orphelins de fusillés et de déportés et cherchait à leur assurer un toit, une éducation, un avenir, espérant leur procurer une atmosphère de vie familiale et les préparer à l'âge adulte dans de bonnes conditions matérielles et morales.
 

Des kermesses pour recueillir des fond


    Pour permettre l'aménagement et le fonctionnement du château du Grand-Blottereau, outre le concours des autorités municipales, départementales et du ministère des Anciens combattants, il fallut, en ces temps de pénurie, faire appel à la générosité de la population. Ainsi le dimanche 15 avril 1945 on organisa « sous le haut patronage des autorités civiles, culturelles et militaires » une grande manifestation de solidarité (avec vente aux enchères de vins primés, des animations et attractions, un concert de musique militaire...) qui remporta un vif succès et laissa un important bénéfice à l'association. Une souscription suivit et la maison fut inaugurée le 8 août 1945 en présence du préfet notamment.
    Des donateurs devaient continuer à assurer la pérennité de l'institution, parmi lesquels l'Union des femmes françaises, le Secours populaire, l'Office des pupilles de la nation... Et des kermesses allaient régulièrement avoir lieu au profit de la Maison de l'enfance.
    Des personnalités rendaient de temps en temps visite aux petits pensionnaires, certains se souviennent d'une mystérieuse « Dame en noir » venue en avion, en l'occurrence Mathilde Gabriel-Péri, fondatrice de l'ANFFMR au niveau national, mais aussi du préfet, du consul de Grande-Bretagne, d'un ministre, de Madame Roosevelt et même du président de la République Vincent Auriol en 1950. « Nous avons fabriqué pour lui les armes de la ville de Nantes, à partir d'un moulage en plâtre recouvert de coquilles d'oeufs, peint et verni ! » raconte Guy Le Floch dans un témoignage sur les années passées au Grand-Blottereau (lire ci-dessous).
    Certains enfants étaient confiés à l'institution seulement pour la durée des grandes vacances, qui se passaient au bord de la mer, à la Baule ou à Pornichet par exemple - période heureuse des jeux de plage et de la pêche aux crabes, des jeux de piste les jours où la mer était mauvaise. D'autres restaient quelques mois, le temps pour la mère de retrouver un travail et un logement, d'autres encore y vécurent pendant plusieurs longues années, surtout quand il n'y avait plus ni père ni mère. Originaires pour la plupart de Loire-Inférieure, les enfants venaient aussi de Seine-et-Oise, de l'Isère, du Finistère et du Maine-et-Loire.
    Pendant les quinze années d'existence de la Maison, la direction en fut confiée à un couple dévoué, M. et Mme Chouteau, des instituteurs de l'école publique. M. Chouteau a laissé aux pupilles, surtout aux garçons, le souvenir d'un homme très sévère qui ne badinait pas avec la discipline. L'équipe du château se composait aussi de cuisinières et de femmes de service, de moniteurs et monitrices, d'une infirmière, d'un médecin... Selon Ouest-France du 9 août 1945, l'emploi du temps novateur et « bien équilibré » établi par le directeur « permet aux enfants de goûter à la fois les joies du jeu et du grand air et d'acquérir les qualités et le savoir qui feront d'eux des hommes complets. Jeux, loisirs dirigés, chant, dessin, promenades dans le parc ombragé, tiennent une large place dans les occupations de la journée, mais sans préjudice pour l'éducation intellectuelle et morale : lecture, entretiens et travaux ménagers ne sont pas exclus ».
    Si les plus petits restaient à la maternelle du château, dont se chargeait Mme Chouteau, les plus grands fréquentaient les écoles du quartier. « Pour les autres élèves, nous étions "les enfants du château". Ce n'était pas du mépris, mais on était catalogué », précise Guy Le Floch.
    Le temps passa, les enfants grandirent, apprirent à vivre avec le poids des souvenirs traumatisants de la guerre et de leur situation d'orphelins de fusillés ou de déportés, ou tirèrent un trait sur ce passé. Ce n'est que bien plus tard que l'envie de s'y confronter se développa chez certains d'entre eux. En 2000 ils créèrent une association des « anciens » du Grand-Blottereau afin de rassembler ceux qui s'étaient perdus de vue et de reconstituer l'histoire de ce lieu et de ses protagonistes en s'appuyant sur des témoignages et des archives. Petit à petit le projet s'étoffa. En mai 2005, une plaque commémorative était apposée sur la façade du château rappelant que la Maison de l'enfance « a accueilli de 1945 à 1961 250 orphelins victimes de la Seconde Guerre mondiale et de la barbarie nazie ». Une nouvelle occasion d'évoquer des souvenirs, souvent douloureux, mais aussi de favoriser un nécessaire travail de mémoire.
 
 

 



« Mes quatre années à la Maison de l'enfance »



« Année 1945, retour des déportés. L'année la plus noire de mon  existence. Nous nous rendions avec ma mère à chaque arrivée d'un convoi de déportés en gare de Nantes. Elle interrogeait les arrivants pour savoir si quelqu'un avait connu son époux, Pierre le Floch, mais sans succès. Aussi le retour à la maison était-il fort pénible. Un jour, Gilles Gravoille, compagnon de déportation de mon père, est venu nous annoncer les conditions de sa mort.
Mon père avait été arrêté le 11 août 1942 par la police française pour appartenance au Front national, groupe militaire des FTP de Nantes Sud venant de l'Organisation Spéciale. Il était chargé de la rédaction, de l'impression et de la distribution de tracts et journaux clandestins. Après avoir séjourné dans les prisons de Vitré, Poissy et Blois, il avait été déporté de Compiègne le 22 mars 1944 à Mauthausen puis transféré au kommando de Zschachwitz, dépendant du camp de Flossenbürg. Il a été tué le 29 avril 1945 dans la gare de Kralupy (République tchèque).
Ma mère avait repris son travail à l'hôpital Saint-Jacques et, n'ayant plus personne pour nous garder, trouva la Maison du Grand-Blottereau par l'intermédiaire d'une voisine dont les trois enfants en étaient déjà pensionnaires. J'y suis arrivé avec mon frère Claude aux grandes vacances de 1948, âgé de 10 ans. Comme les grandes vacances se passaient à la mer, et que nous aimions la plage et ses baignades, la séparation fut moins douloureuse. Nous sommes allés deux fois au Pouliguen, une fois à la Baule les Pins, ensuite à Pornichet puis à la colonie de la ville de Nantes, la Guilleraie. (...) Durant l'année scolaire, nous participions aux cérémonies commémoratives en l'honneur des fusillés et déportés. Nous avons déposé dans la stèle du cimetière de la Chauvinière une urne contenant de la terre des camps... J'ai répondu à l'appel aux morts en 1952 lors de l'inauguration du monument des 50 otages, situé en bout du boulevard des 50 otages bordant l'Erdre. Toutes ces cérémonies étaient lourdes à porter, l'ambiance au château n'était pas gaie car chacun se remémorait sa condition d'orphelin. Lors des commémorations nous vendions des "bleuets" au profit des Anciens combattants.
Mais de temps en temps nous avions droit à des séances de cinéma, surtout des films de Charlot et de Laurel et Hardy. Chaque année, un sapin de Noël ornait le parloir. Nous étions invités à la salle Bel-Air afin de recevoir de modestes cadeaux. M. Chouteau, le directeur, nous faisait chanter en jouant du violon et gare à celui qui chantait faux, il recevait un coup d'archet sur la tête. Il était plutôt sévère, c'était un instituteur de la vieille école (...). Nous n'avons jamais bénéficié d'un soutien psychologique.
J'ai quitté la pension en novembre 1952 après avoir passé mon certificat d'études alors que j'étais élève au collège technique Leloup-Boyer, avenue de Launay à Nantes. J'avais contracté une primo-infection et M. Chouteau n'a pas voulu me garder, je suis revenu chez ma mère...
De ces quatre années je ne garde pas un bon souvenir. Aussi, quand je suis devenu adolescent j'ai rompu avec toutes les cérémonies commémoratives. Bien sûr, je n'oubliais pas que mon père était décédé à Prague après avoir été déporté à Mauthausen, mais j'ignorais les motifs de son arrestation et de sa déportation, car il était pratiquement impossible d'en parler avec ma mère. (...) Ce n'est qu'arrivé à l'âge de la retraite que j'ai effectué des recherches et ai pu reconstituer son parcours de résistant et de déporté. »

Guy Le Floch

15.11.2009

Le Père Maximillian KOLBE

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J'ai oublié de rendre hommage au Père Kolbe
injustement si peu connu et pourtant quel Homme
Mort avec les enfants juifs qu'il cachait
1894-- En janvier, au village de Pabianice, près de Lodz, naît Raymond Kolbe, le second de quatre garçons. Quelques années plus tôt, Maria Dabrowska allait entrer au couvent lorsque Jules Kolbe, ouvrier tisserand, la demande en mariage.

1902-- Raymond fait sa première communion le 29 juin dans l'église paroissiale de Saint-Mathieu, des mains de l'abbé Edouard Szulc.

1903-- Sa mère l'envoie chercher un remède. Raymond se précipite et débite d'un trait au pharmacien la formule latine du médicament. L'homme surpris questionne l'enfant: «C'est bien, pour le latin, mais vas-tu à l'école?»---«Non, c'est mon frère aîné François qui va à l'école; moi. je reste à la maison pour aider mes parents qui n'ont pas assez d'argent pour nous faire étudier tous les deux». Le brave homme réfléchit un peu, puis invite le petit à venir prendre des leçons chez lui.

1904-- À la maison, derrière l'armoire, se trouve comme c'est la coutume en Pologne, une sorte de petite chapelle arrangée avec amour, en l'honneur de Notre-Dame de Czestochowa, naïvement décoré de fleurs en papier. Le petit Raymond va souvent derrière l'armoire et y passe de longs moments à prier. . .

1905-- Un jour, étonnée de le voir revenir les yeux pleins de larmes, sa mère l'interroge. Il répugne à répondre: " C'est un secret, maman! " Comme elle insiste doucement, il lui révèle que la Vierge lui est apparue. Elle lui a tendu deux couronnes, une blanche, une rouge, en lui demandant de choisir. La blanche signifiait la pureté et la rouge signifiait le martyre. Et l'enfant a spontanément répondu à la Vierge: " Je les choisis toutes les deux!"

1907-- Il reçoit le sacrement de confirmation dans l'église paroissiale de Notre-Dame de l'Assomption. Lorsque les pères franciscains de Lwow viennent prêcher une mission dans la ville, les parents Kolbe décident de leur confier l'aîné, François. Raymond se tait mais redouble de ferveur. La maman devine-t-elle son rêve secret? Au dernier moment, on lui permet d'accompagner François au petit séminaire des frères mineurs conventuels, à Lwow.

1908-- Ne pourrait-il pas tout aussi bien servir sa Dame dans le monde? Il hésite sur la voie à suivre et il est sur le point de renoncer au noviciat lorsqu'on l'appelle au parloir. C'est sa mère qui vient lui annoncer une grande nouvelle. Les enfants désormais élevés, elle et son mari ont décidé d'un commun accord de consacrer totalement à Dieu le restant de leurs jours, le père chez les franciscains de Cracovie, la mère chez les bénédictines de Lwow. Cette entrevue est donc un adieu. . .

Pour Raymond, c'est un coup de foudre: Mes yeux se dessillèrent et je compris!" Il se précipite alors chez son supérieur pour le prier de lui donner l'habit de saint-François.

1910-- Il commence son noviciat. Avec le vêtement de grosse bure ceint d'une corde, il reçoit le nom de frère Maximilien.

1911-- Frère Maximilien émet la profession simple à Lwow, le 5 septembre, entre les mains du ministre provincial, le père Pellegrino Haczela.

1912-- Ses supérieurs, conscients de ses dons remarquables, l'envoient à Rome, à l'université grégorienne, où il commence des études de philosophie. Pendant ses loisirs, il dessine des plans pour la conquête spatiale.

1914-- Son père, officier dans l'armée polonaise est fait prisonnier avec son détachement par les Russes et probablement fusillé. Un mois plus tard, frère Maximilien fait sa profession solennelle entre les mains du père Dominique Tavani, vicaire général de l'ordre, dans la chapelle du Séraphicum de Rome.

1915-- Durant la première guerre mondiale, frère Maximilien reste un mois environ dans l'état de Saint-Marin, pour les formalités relatives à sa nationalité. Le 22 octobre, il obtient le doctorat en philosophie. Il commence immédiatement ses études de théologie à la faculté pontificale Saint-Bonaventure des franciscains de Rome.

1917-- Le jour du 75e anniversaire de l'apparition de l'Immaculée à l'Alphonse de Ratisbonne, le 20 janvier, pendant l'heure de méditation, il a l'inspiration de fonder une association mariale. Il mobilise six autres fous comme lui dans le but de fonder une Milice de l'Immaculée, qu'on appelle en France Mission de l'Immaculée(MI dans le texte). Contre toute vraisemblance, elle sera bientôt reconnue par l'Eglise. Les médailes miraculeuses seront en quelque sorte les munitions de la Milice!

1918-- C'est à Rome, en l'église San Andrea della Valle, qu'il est ordonné prêtre. Il est exempté du service militaire car il est tuberculeux et, depuis l'âge de vingt ans, il n'a plus qu'un poumon. Mais qu'est-ce que cela quand on veut rendre l'univers à l'Immaculée? Jamais aucune maladie ne pourra venir à bout de sa nature indomptable. "Prier, prier et encore prier!" Ce qui confère à la prière sa qualité, c'est le sacrifice et la pénitence. . .Il célèbre sa première messe en l'église San Andrea della Fratte, à l'autel où l'Immaculée était apparue à Alphonse de Ratisbonne, en 1842.

1919-- À la demande de l'archevêque, Mgr Dominique Jaquet, le pape Benoît XV bénit la MI, le 28 mars; le 24 avril, le père Dominique Tavani bénit et approuve par écrit la MI.

En juillet, le père Kolbe obtient le doctorat en théologie. Puis il entre en Pologne. En octobre, il enseigne l'histoire de l'Eglise au séminaire des franciscains de Cracovie. L'archevêque de cette ville, Mgr Adam Sapisha, autorise l'impression en polonais des status de la MI.

1920-- L'état du père semble désespéré et les spécialistes sont pessimistes. On l'envoie dans un sanatorium, à Zakopane. Il se fait soigner et fait en même temps fonction d'aumônier. Il lit les écrits de sainte-Thérèse de l'Enfant-Jésus et se passionne pour la sainte Gemma Galgani. Il passe l'année suivante en convalescence à Nieszawa. C'est là qu'allait mûrir, deux années durant, son projet d'utiliser la presse pour faire circuler son message d'amour à travers toute la Pologne. Malgré sa mauvaise santé, son esprit se tourne spontanément vers toutes les nouvelles découvertes de la science: "Ce qu'il faut, disait-il, c'est faire servir tout le progrès à la gloire de Dieu et le convertir en armes de conquête!" Parmi ces armes, l'une des plus puissantes lui paraissait être la presse, les journaux. Il rêvait d'une revue qui porterait l'Evangile à tous les peuples, sous la protection de l'Immaculée.

1922-- Le cardinal Basilio Pompili approuve la MI comme "pieuse union de la mission de Marie Immaculée". Le premier numéro du bulletin de la MI paraît à Cracovie sous le titre: Rycerz Niepokalanow ( Le chevalier de l'Immaculée) avec un tirage de 5000 exemplaires. Le développement toujours croissant de la petite revue bleue, en dépit de diffIcultés financières insolubles, sera d'ailleurs à lui seul un miracle permanent. Le bulletin atteindra un million d'abonnés. En octobre, la rédaction est tranférée de Cracovie à Grodno. Un chèque de cent dollars arrive très opportunément, suivi d'une vieille machine à imprimer actionnée à la main que lui procure soeur Faustine.

1924-- Pendant le premier congrès des catholiques polonais à Varsovie, le père parle de la vocation et de la responsabilité du journaliste. Les participants souhaitent entre autres la publication d'un quotidien catholique. Nouveau séjour du père au sanatorium de Zakopane. Pour le 5e anniversaire de la fondation du RN, le pape Pie XI lui envoie sa bénédiction, le 20 novembre. Il accorde des indulgences à la MI érigée dans le Seraphicum de Rome.

1927-- Le siège de la MI au Seraphicum est juridiquement érigé en sede primaria. En avril, fin de la cure du père à Zakopane. Dans le train du retour, il fait connaisssance avec des étudiants japonais. Il leur offre des médailles miraculeuses, ses cartouches comme il dit. En échange, ils lui donnent des fétiches, des petits éléphants blancs en bois. Le père est frappé de la grande pitié des âmes sans Dieu.

À peine arrivé, il entre en relation avec le prince Drucki-Lubecki qui met en vente plusieurs hectares de terrain, près de Varsovie. C'est l'emplacement rêvé pour une nouvelle implantation. Sans hésiter, le père va déposer sur les lieux une statuette de la Madone, en la priant d'intervenir si c'est opportun. Cependant son supérieur recule devant le prix. Le père tout triste va porter la réponse négative au propriétaire. "Mais que dois-je faire de la statue?" dit le prince. "Eh bien, qu'elle reste où elle est !" répond le père. Le prince demeure songeur un instant puis déclare: "Puisque Notre-Dame a pris possession du terrain, gardez-le. Je vous le cède pour rien !" Le prince donne donc cinq arpents sur sa propriété de Teresin.

Le père et les dix-huit frères se mettent à construire Niepokalanow (la cité de l'Immaculée): de beaux ateliers et de méchants logements ! Selon les mots-clés du père: simplicité et sacrifice. . .8h30 de travail, 3h30 de prière. Le génie du père fait craquer les cadres sclérosés de la vie conventuelle, avec la découverte d'une vie religieuse inédite, admirablement adaptés aux besoins de l'apostolat des temps nouveaux. Jadis, les petits frères s'en allaient deux par deux annoncer au monde la Bonne Nouvelle; aujourd'hui, ils utilisent pour la lancer aux quatre vents d'innombrables imprimés et même un poste émetteur.

En juillet 1941, un homme disparaît dans le bloc 14, où se trouve le père Kolbe. Aussitôt, les nazis sélectionnent dix hommes de la même baraque et les condamnent à mourir de faim, afin de décourager les tentatives d'évasion. L'homme disparu a été, par la suite, trouvé noyé dans les latrines du camp. Kolbe se porte volontaire pour remplacer François Gajowniczek, père de famille. Les nazis consentent à la substitution ; les dix prisonniers sont enfermés dans le bunker du souterrain de la baraque. Bien que la faim pousse les condamnés à la folie de s'entretuer après quelques jours seulement, le prêtre Maximilien réussit à faire régner le calme et la piété entre ses compagnons de cette tragédie au moyen de prières et d'oraisons. Après deux semaines de famine, seul quatre des dix hommes se trouvent encore miraculeusement en vie. Kolbe en fait partie. La place venant à manquer, ils sont exécutés d'une injection de phénol dans le bras. Leurs corps sont brûlés dans un four crématoire le 15 août. François Gajowniczek survit à la captivité et décède en 1995.

13.11.2009

B A U D E L A I R E

L'HOMME ET LA MER - Baudelaire

« Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer. »

Souvent dans la tempête tu as versé des larmes
Mais tu n’as jamais baissé les armes.
Parfois tu as vécu certains drames
Car la mer n’est pas toujours calme.

« Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets ! »

Quand tu reviens de ta pêche tu n’es jamais satisfait
Et pourtant rien n’échappe à tes filets replets.
Les crêtes des vagues sont tes cimes
Et tu balances de roulis en tangages car tu trimes.

« Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton Cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable, et sauvage. »

On vous appelle souvent « Capitaine courage »,
Et l’on ne peut vraiment vous donner un âge.
C’est vrai que pêcheur est un pénible labeur
Et la mer possède son cortège de malheurs.