L'idée n'est pas neuve. Allez dire aux hommes qu'ils sont peu de chose... "On aime mieux être aveugle que de connaître son fait", disait Bossuet. Car qu'est-ce qui compte vraiment ? Soi-même ou la perception que chacun a fait de soi ? L'image de la vérité ou la vérité d'une image ?
C'est autour de ces jeux de masques et de faux-semblants que Claire Messud a bâti Les Enfants de l'empereur. Dans La Vie après (son premier roman, paru chez Gallimard en 2001), cette Américaine, née en 1966 d'un père français et d'une mère canadienne, explorait les ravages de la décolonisation. Et déjà, dans la mise en scène d'une Algérie imaginaire, affleurait l'idée du simulacre nécessaire : sa narratrice promenait avec elle un tableau de la baie d'Alger qu'elle accrochait mentalement partout où elle allait. C'était certes une représentation artificielle et embellie, mais qu'importe : "Ce n'est pas parce que quelque chose est faux qu'on peut facilement s'en passer", notait Claire Messud. Ici, elle va plus loin. En exergue aux Enfants de l'empereur, l'auteur a placé cette phrase d'Anthony Powell : "Le général (...) prétendait que, si l'on parvenait à préserver son mythe personnel, il n'y avait pas grand-chose d'autre qui comptait dans la vie. Ce n'est pas ce qui arrive aux gens qui est important, mais ce qu'ils pensent qu'il leur arrive."






























